Lectrice Charleston 2020·Mes chroniques de Lectrice

Le parfum des citronniers de Cristina Campos

Le résumé:

« 2010, Majorque.
Marina et Anna, deux sœurs qui ont passé des années sans se voir à la suite d’un désaccord, sont réunies pour signer la vente d’un moulin dont elles viennent d’hériter d’une parfaite inconnue. Tout sépare les deux femmes.
Déterminées à percer le secret qui entoure cet héritage mystérieux, elles vont tenter de rattraper le temps perdu…car du temps Anna n’en a plus beaucoup. Et peut-être est-ce justement l’occasion de faire le point sur sa vie, ce qu’elle regrette et ce qu’elle peut encore réparer. « 

Ma chronique:

« Le parfum des citronniers  » est le premier roman de Cristina Campos. Best-seller en Espagne, il est publié depuis le 11 février aux éditions Charleston.

Île de Majorque. Sous le soleil chaud et le sable fin de l’île hispanique, nous faisons la connaissance de deux sœurs, Marina et Anna. Ce prologue douloureux et sombre donne d’emblée la tonalité du roman vu que nous apprenons la mort d’Anna atteinte d’un cancer du sein. Cette entrée en matière un peu brute et abrupte m’a un peu surprise et un peu décontenancée. J’ai trouvé ça dommage d’apprendre si vite que l’un des personnages principaux mourait…

Et je n’en étais pas à ma première incompréhension. Après ce prologue à Majorque, nous retrouvons Marina en Éthiopie, quelques années plus tôt, en plein désert d’Afar où elle officie comme gynécologue pour Médecins sans frontières. Un chapitre lui est alors consacré pour la présenter, elle et son compagnon, Mathias, également médecin. Après cela, nous retournons à Majorque où Marina doit retrouver sa sœur Anna. De la même manière, présentation sur plusieurs pages d’Anna et de sa vie de bourgeoise oisive et de mère d’une adolescente très renfermée. Quatre-vingt pages de lues et toujours pas de rencontre entre les deux sœurs, toujours pas de réelle information concernant l’héritage qui pourtant étant à mon sens, en lisant le résumé, le sujet principal de ce roman. Je commençais à m’impatienter…

Ce n’est qu’après ces quatre-vingt premières pages que j’ai trouvé que les pièces du puzzle commençaient à s’assembler. Les deux sœurs se retrouvent après quatorze années de silence. Nous apprenons ainsi la cause de leur « séparation » lorsqu’elles étaient toutes les deux trentenaires. Marina fait ainsi la connaissance de sa nièce Anita et retrouve son beau-frère, le grotesque Armando. C’est d’ailleurs ce dernier qui trouve rapidement un acheteur pour le moulin laissé en héritage par Maria Dolorès Moli, inconnue des deux sœurs. Qui était cette femme? Pourquoi laisse-t-elle aux deux sœurs un moulin avec une vieille boulangerie? Cet héritage inopiné peut-il améliorer la relation d’Anna et de Marina?

À grand renfort de flash-back, nous découvrons le passé des deux sœurs. Si proches en âge (à peine deux ans les séparent) mais pourtant si éloignées l’une de l’autre. Si Marina est partie très tôt de la maison (ou plutôt a été contrainte de partir) pour étudier aux Etats-Unis et est devenue une femme indépendante et émancipée, il en est autrement pour Anna. Très attentive à ce que lui répétait sa mère, Anna est devenue une vraie desperate housewiwe. « Toujours écouter, ne jamais se plaindre », telle est sa devise. Mais lassée par son mariage, Anna pourrait peut-être rêver d’ailleurs…

Ce roman a réellement pris un second souffle lorsque Marina revient à Majorque. J’attendais tellement ces retrouvailles entre Anna et Marina et j’étais très impatiente d’en savoir plus sur ce moulin! J’ai beaucoup aimé découvrir leurs trajectoires respectives comme ce mystère concernant leur héritage. Je me suis passionnée pour ces deux personnages féminins, orphelines. Toutes les deux sont à un moment clé de leur vie. Anna se questionne quant à sa vie de femme au foyer et d’épouse malheureuse et Marina souhaiterait enfin trouver un port d’attache et se sédentariser avec Mathias. Ce moulin permettra-t-il aux deux sœurs de s’épanouir ou au contraire signera-t-il leur séparation définitive?

Le personnage énigmatique de Cali, fidèle amie de la défunte légataire et Ursula, soutien de Marina, m’ont également beaucoup plu. Elle rythment le récit et entretiennent le mystère du fameux legs. Et il faudra d’aillleurs attendre le dénouement pour connaître le fin mot de l’histoire!

Je conseille?

Malgré un début de lecture en demi-teinte, beaucoup trop long et décousu, j’ai passé un très bon moment en compagnie d’Anna et de Marina. Je m’évadais sur l’île hispanique et me régalais avec le fameux cake au citron et aux graines de coquelicots! Anna et Marina sont deux personnages antagonistes. Pourtant, l’amour qui les lie est inconditionnel et très touchant. Les deux sœurs ont été amputées l’une de l’autre dès l’adolescence et le lien qu’elles avaient avant n’a jamais pu se retisser. « Le parfum des citronniers » met en exergue ce moment clé de notre vie où l’on sent que l’on doit faire des choix, prendre un nouveau départ, remettre en cause ce que l’on a construit. Contrairement à ce que je pensais en lisant le résumé, c’est un roman assez sombre. Je suis passée par divers sentiments durant cette lecture; de l’incompréhension, de l’attente, de la curiosité, de l’intérêt et de la peine. « Le parfum des citronniers » met en éveil tous nos sens dans une explosion d’émotions qui ne vous laissera pas indifférents. Bouleversant et savoureux.